Origines

Adriné, d’origine arménienne, est née à Mossoul à la fin des années 30, son père Abgar y est arrivé à l'âge de 14 ans depuis Diyarbakir. Diyarbakir (appelée Amida dans l'Antiquité), fut la capitale du royaume araméen de Bet-Zamani à partir du XIIIe siècle av. J.-C., puis d'un royaume arménien appelé  Cardyène. La région devint par la suite une province de l'Empire romain ; Amida était au IVe siècle la principale place-forte de Mésopotamie, dans la haute vallée du Tigre. Diyarbakır fut intégrée à l'Empire ottoman en 1534.

La ville fut un centre religieux lié au patriarcat syriaque-orthodoxe d'Antioche. De cette époque, jusqu'au génocide assyro-arménien de 1915, la région est fortement peuplée de chrétiens arméniens et syriaques.

Pendant la Première Guerre mondiale, entre les mois de mai à juin 1915, dans le cadre du génocide arménien, la ville fut vidée de ses populations chaldéenne, syriaque, assyrienne et arménienne sous le prétexte qu'elles étaient trop proches du front russe. Elles furent déportées vers les camps d'extermination de Rasalayn puis du désert du Deir ez-Zor aujourd’hui en Syrie.

Fuite d'Arménie

Adriné situe la fuite de son père Abgar de Diyarbakir vers 1914-1915, à l’époque du génocide. L’histoire du génocide et de la fuite lui a été contée par son père Abgar et sa grand-mère Artémis. Adriné n’a pas connu son grand-père Achod. Et tout cela remonte à si longtemps, et elle ne se rappelle plus vraiment de tout.

L'histoire dit qu'Abgar a dû fuir Diyarbakir suite à un incident avec un officier ottoman. Abgar, à l'âge de 14 ans, a blessé cet officier qui tentait de violer une fille arménienne, les actes d'intimidation avaient débuté contre les arméniens avant d'atteindre leur apogée par un génocide.

Une année après le départ d'Abgar pour Mossoul, des familles arméniennes ont décidé de quitter Diyarbakir et de prendre le chemin de l'exil. Le grand-père d'Adriné est l’un d’eux, il a emmené dans sa fuite environ 50 personnes en plus de sa femme, ses deux autres fils, ses deux filles ainsi que le petit dernier qui avait à peine 1 an. Lors de ce terrible voyage à pied et en pleine nuit, le bébé a commencé à pleurer. Pour éviter d'être repéré par l'armée et sauver la vie de 50 personnes, le grand père d’Adriné, le papa de ce bébé étouffe son propre enfant. Sauver 50 personnes au prix de la vie d'un nourrisson!! La peur de tomber entre les mains de l'armée ottomane devait être bien violente!! Arrivé à Mossoul, le grand père d'Adriné, Achod, a ouvert une boulangerie et reconstruit sa vie avec sa famille en espérant avoir trouvé enfin la paix pour lui et pour sa descendance.

Exil d'Irak

Cent ans plus tard, en 2014, Adriné vit le même drame. Elle est à Bagdad, chez son fils Dikran. Dikran, chauffeur de taxi, est marié. Sa femme Anna, originaire de Mossoul, est enceinte de 7 mois. Ils ont déjà deux filles de 10 et 12 ans. Un soir de décembre 2014, des hommes armés font irruption dans la maison. Les criminels menacent Dikran et le frappent, sa femme Anna, bien qu’enceinte de 7 mois, s'interpose et se fait frapper à son tour. Elle accouche prématurément d'un enfant mort-né. La famille fuit en direction d'Amman.

Encore une fois l’histoire se répète, et les victimes sont les mêmes.

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