Mon nom est Abou Chanab. Je suis Sabéen-Mandéen, originaire de Bagdad en Irak. La situation de mon peuple là-bas est difficile et n’a fait qu’empirer ces dernières années.

Avant l’invasion américaine de 2003, le régime de Saddam Hussein avait à cœur de protéger les minorités : quiconque leur portait atteinte était passible d’un an et demi d’emprisonnement. Nous autres Sabéens-Mandéens étions alors surnommés « The Golden Group », en référence à notre artisanat et notre orfèvrerie, particulièrement connus et réputés.

Pour mes grands-parents, la vie était douce. Ils avaient une bonne situation, de belles maisons et pouvaient se réunir sans crainte qu’on ne vienne les menacer ou s’en prendre à eux.

Mais après la chute de Saddam, en 2003, tout a basculé. Détruit par deux guerres du Golfe, un embargo économique et une intervention militaire américaine, l’Irak était désormais miné par une violence endémique. Divisions, menaces, enlèvements, meurtres : plus aucun de nos droits n’était respecté, ni les lois appliquées. Le pays est aujourd’hui aux mains des milices et groupes radicaux.

« Toute notre culture s’organise autour de l’eau et de la purification qu’elle permet. »

En Irak, les Sabéens-Mandéens souffrent d’un racisme anti-communautaire et de harcèlements. Parce que nous rejetons la circoncision, certains pans de la société considèrent tout ce que nous avons touché comme souillé. On nous voit comme des pécheurs et des impurs, quand toute notre culture s’organise autour de l’eau et de la purification qu’elle permet. Lorsque ma femme allait faire les courses, par exemple, on lui interdisait de toucher aux légumes et aux produits dans les magasins, car elle les aurait rendus impurs. À l’école, mon fils ne pouvait pas aller aux toilettes, ni s’y laver les mains ou boire de l’eau. Lorsque ma fille a voulu offrir un cadeau à l’une de ses amies, celle-ci l’a refusé, toujours par crainte de cette prétendue souillure. Dès qu’elles sortaient de chez nous, mes filles et ma femme devaient porter le voile, sans quoi elles risquaient d’être enlevées et converties de force par les extrémistes.

A l’école, mes enfants étaient des élèves brillants. Mais ces pressions quotidiennes et permanentes ont fini par les épuiser et les effrayer, les amenant à abandonner leurs études.

En tant que pompier, j’étais rattaché à l’armée. On m’empêchait souvent de manger, boire ou même dormir. Lorsque je serais la main de mon chef pour le saluer, celui-ci allait ensuite immédiatement la laver.

Ces discriminations se doublaient d’une autre forme de violence, l’intimidation quotidienne de la part des milices. Fréquemment, nous recevions des menaces : « abandonnez votre religion et convertissez-vous, sans quoi nous vous tuerons. » La principale menace était l’enlèvement contre demande de rançon : celle-ci pouvait atteindre les 50 millions de dinars irakiens (40.000 CHF) ; bien souvent, toutefois, ils tuent l’otage, que la famille paie ou non. En Irak, ces groupes armés considèrent que les biens des minorités et leur vie leur appartiennent. Beaucoup de nos amis ont ainsi trouvé la mort, dans le silence et l’indifférence généralisés : nous ne sommes rien, juste une entité négligeable.

Nous, Sabéens-Mandéens, pensons que tous les habitants de la Terre sont des frères descendants d’Adam et Ève. Nous voulons la paix dans le monde entier. Merci à ceux qui viennent nous voir et s’intéressent à nous.”

Noor Solidarity répond à cet appel en aidant la communauté Sabéenne-Mandéenne réfugiée en Jordanie!

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